Ostéopathie

Et si l’imperfection était une clé pour mieux bouger… et mieux se sentir ?

Nous vivons dans une société qui valorise la performance, la maîtrise, le résultat impeccable.
Tout doit être bien fait, vite, sans erreur.
Et si possible, du premier coup.

Pourtant, cette exigence permanente a un coût.
Dans le corps, dans la tête… et parfois sur la table de consultation.

Dans un épisode de podcast intitulé Éloge du travail bâclé, l’écrivain Bernard Werber propose une idée volontairement provocante :

Il vaut mieux faire quelque chose de mal terminer que ne rien faire du tout.

Une phrase simple, presque dérangeante… et pourtant profondément juste lorsqu’on parle de santé, de mouvement et d’adaptation.

Beaucoup de personnes que je rencontre en consultation partagent la même croyance :

« Je n’ose pas bouger, j’ai peur de mal faire. »
« Je préfère ne rien faire plutôt que de faire n’importe quoi. »

Cette peur du geste imparfait conduit souvent à l’immobilité.
Or, le corps n’a jamais été conçu pour l’inaction.

En ostéopathie, nous savons que le mouvement n’est pas une performance à réussir, mais une expérience à ajuster.
Il n’existe pas un mouvement parfait universel, figé, idéal.
Il existe des mouvements plus ou moins adaptés, selon le contexte, la fatigue, l’émotion, l’histoire de chacun.

Chercher la perfection absolue dans le mouvement revient souvent à créer… des tensions.

Le perfectionnisme n’est pas qu’un trait de caractère ; il s’inscrit dans le corps.

Il peut se traduire par :

  • des muscles qui restent en alerte permanente,
  • une respiration bloquée,
  • une difficulté à relâcher,
  • une peur de l’erreur qui fige l’élan.

À force de vouloir tout contrôler, le corps perd sa capacité naturelle d’adaptation.
Il ne teste plus.
Il n’explore plus.
Il compense… jusqu’à ce que la douleur apparaisse.

Et souvent, la douleur n’est pas liée à un événement brutal, mais à une accumulation de micro-ajustements non autorisés.

Le mot bâclé choque.
Il évoque la négligence, le manque de sérieux, le « n’importe quoi ».

Pourtant, si on le regarde autrement, le travail « bâclé » peut être vu comme :

  • un premier jet,
  • une tentative imparfaite,
  • une mise en mouvement sans garantie.

Dans le corps, c’est exactement ainsi que nous apprenons depuis l’enfance :

  • en tombant,
  • en recommençant,
  • en ajustant,
  • en sentant ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas.

Aucun enfant n’attend de marcher parfaitement pour faire ses premiers pas.
Il marche mal, et recommence en ajustant progressivement.
Et heureusement.

Ne rien faire n’est pas synonyme de protection.
Parfois, ne rien faire, c’est :

  • laisser s’installer la raideur,
  • renforcer la peur,
  • figer des stratégies d’évitement,
  • entretenir un état d’alerte chronique.

À l’inverse, une action imparfaite mais consciente peut suffire à relancer un processus d’autorégulation.

Quelques minutes de mouvement approximatif, mais écouté, valent souvent mieux que des semaines d’immobilité anxieuse.

Écouter son corps ne signifie pas faire tout “dans les règles”.
Cela signifie :

  • observer ses sensations,
  • respecter ses limites du jour,
  • ajuster au fur et à mesure.

Un mouvement hésitant n’est pas un échec.
C’est une information.

En ostéopathie, nous travaillons précisément avec ces informations subtiles :
ce que le corps tente, ce qu’il évite, ce qu’il répète, ce qu’il n’ose plus.

Le corps n’a pas besoin d’être parfait pour être intelligent.

Combien de personnes attendent le bon moment pour prendre soin d’elles ?

  • quand la douleur aura disparu,
  • quand elles auront plus de temps,
  • quand elles sauront exactement quoi faire.

Mais ce moment parfait n’arrive presque jamais.

Commencer mal, doucement, maladroitement…
c’est souvent le seul vrai point de départ possible.

👉 Vous n’avez pas besoin de tout faire parfaitement.
👉 Vous avez juste besoin de commencer, puis d’ajuster.

Le corps adore les processus vivants, progressifs, imparfaits.
Il sait s’adapter, à condition qu’on lui en laisse la possibilité.

Si cet article résonne en vous, peut-être que votre corps vous invite à :

  • reprendre un mouvement que vous avez abandonné,
  • tester un étirement sans chercher la posture parfaite,
  • marcher un peu, même si ce n’est pas “sportif”,
  • respirer différemment, sans technique compliquée.

Le soin ne commence pas toujours par un geste maîtrisé.
Il commence souvent par une autorisation.

L’autorisation de faire imparfaitement…
mais de faire quand même.

Diane Le Berre

Ostéopathe D.O & Ostéopathe aquatique

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