
Et si la douleur n’était pas ce que l’on croit ?
Lorsqu’une douleur surgit, notre premier réflexe est souvent de vouloir l’éteindre le plus vite possible. On voudrait qu’elle disparaisse, qu’elle « arrête de déranger », qu’elle cesse de nous empêcher de vivre comme d’habitude.
Dans la plupart des conversations — y compris au sein du cabinet — la douleur est décrite comme un adversaire, une manifestation injuste, un obstacle à contourner ou une « panne » à réparer.
Pourtant, la science du vivant nous invite à une autre lecture.
La douleur n’est pas une punition, ni une défaillance du corps, ni un signe de gravité dans la majorité des cas. Elle est avant tout un signal. Un message. Parfois maladroit, parfois excessif, parfois surprenant… mais un message tout de même.
Comprendre cela transforme profondément notre rapport à la santé.
Non seulement parce qu’on peut agir plus tôt, mieux et avec moins d’inquiétude, mais aussi parce que cette compréhension nous redonne un pouvoir d’action. La douleur cesse d’être une fatalité, une menace ou une barrière ; elle devient une information parmi d’autres, un indicateur à écouter sans dramatiser.
Dans cet article, nous allons explorer :
- ce qu’est réellement la douleur selon les connaissances actuelles ;
- pourquoi elle n’est pas un ennemi, même si elle est désagréable ;
- comment apprendre à reconnaître ce qu’elle essaie de nous dire ;
- comment agir au bon moment pour éviter qu’elle ne s’installe.
Le tout avec rigueur scientifique, nuance, et une pédagogie accessible — dans l’esprit de tout ce que je partage en consultation.
La douleur : une construction du système nerveux, pas un simple “défaut mécanique”
Pendant longtemps, on a imaginé que la douleur correspondait directement à un problème tissulaire : un muscle trop tendu, une vertèbre « déplacée », une articulation usée.
Aujourd’hui, la recherche en neurosciences montre un tableau bien plus nuancé :
👉 la douleur n’est pas produite par le corps, mais par le système nerveux.
Une alarme, pas un verdict
Le rôle du système nerveux est de nous protéger. Pour cela, il analyse en permanence un grand nombre d’informations :
- ce que ressentent les tissus (tension, chaleur, pression),
- l’état émotionnel,
- le contexte,
- la fatigue,
- la mémoire des expériences passées,
- l’environnement.
À partir de tous ces éléments, il décide si un signal d’alerte — la douleur — est nécessaire ou non.
Ainsi, deux personnes avec le même état tissulaire peuvent ressentir des douleurs très différentes, voire aucune douleur. La douleur n’est donc pas une carte géographique du corps, mais une interprétation protectrice du système nerveux.
Pourquoi la douleur peut être présente sans lésion significative
Les études montrent que :
- Beaucoup de personnes sans douleur présentent à l’imagerie des disques abîmés, des tendinopathies ou de l’arthrose.
- Des douleurs importantes peuvent exister sans lésion visible, simplement parce que le système nerveux est plus vigilant, plus sensible ou plus chargé de signaux.
👉 La douleur n’est donc pas un indicateur fiable de gravité dans la majorité des cas.
Elle signale plutôt que quelque chose dans l’environnement interne ou externe nécessite une attention.
Ce n’est pas un ennemi.
C’est un messager.
Pourquoi vouloir “faire taire” la douleur immédiatement peut être contre-productif
Lorsque l’on veut supprimer la douleur sans comprendre ce qui la déclenche, on se prive d’une information précieuse.
Un peu comme si l’on coupait le fil d’une alarme incendie… sans vérifier la présence de fumée.
La douleur utile : un guide pour ajuster son comportement
Certaines douleurs surviennent pour limiter un mouvement trop répétitif, une posture trop prolongée, un rythme trop soutenu, un manque de récupération. Elles sont protectrices.
Dans ce cas, chercher à les ignorer peut :
- prolonger la sollicitation excessive,
- retarder l’ajustement nécessaire,
- favoriser l’installation de compensations,
- augmenter la sensibilité du système nerveux à long terme.
La douleur comme indicateur d’adaptation insuffisante
Notre corps aime les variations, la mobilité, les activités progressives.
Lorsque nous passons plusieurs heures assis, immobiles, ou lorsque nous enchaînons des journées trop chargées, la douleur apparaît parfois pour nous dire :
👉 « L’équilibre est en train de basculer ; il serait temps de réajuster quelque chose. »
Encore une fois, ce n’est pas un ennemi, mais un repère.
Ce que la douleur essaie réellement de nous dire
Toutes les douleurs ne se valent pas. Mais dans la grande majorité des cas rencontrés en cabinet, la douleur exprime l’un de ces quatre messages :
“Tu tires un peu trop sur la corde”
Sollicitations répétitives, posture prolongée, surcharge physique ou mentale :
La douleur se manifeste alors comme un frein naturel, pour éviter d’aller trop loin.
“Ton corps manque de récupération”
Sommeil insuffisant, hydratation faible, respiration haute, stress soutenu…
Le système nerveux devient plus sensible et réagit plus vite.
“Une zone ne bouge plus assez (ou trop)”
La mobilité est l’un des grands piliers de la santé. Lorsque certaines régions sont trop rigides ou au contraire trop sollicitées, les douleurs apparaissent comme des compensations.
“Là, il faut vérifier davantage”
Dans un faible pourcentage des cas, la douleur peut être le signe d’un problème qui nécessite un avis médical.
C’est pourquoi il faut toujours :
- écouter la douleur,
- la situer dans son contexte,
- identifier ses caractéristiques,
- consulter lorsque sa nature change.
Douleur aiguë, douleur persistante : deux messages différents
La douleur aiguë : une alarme ponctuelle
Elle apparaît souvent :
- après un mouvement inadapté,
- après un effort inhabituel,
- après une période de stress ou de tension,
- suite à une posture prolongée.
Dans la majorité des cas :
👉 elle est réversible
👉 elle correspond à une adaptation temporaire
👉 elle répond bien au repos, au mouvement doux, à l’ajustement du rythme.
La douleur persistante : un système nerveux devenu plus sensible
Quand la douleur demeure au-delà de quelques semaines, elle ne signale pas forcément une lésion non réparée.
La recherche montre que :
👉 le système nerveux peut devenir plus vigilant, comme si l’alarme s’allumait trop vite.
Les facteurs en jeu peuvent être :
- stress,
- sommeil insuffisant,
- sédentarité,
- habitudes posturales,
- antécédents douloureux,
- charge mentale,
- émotions prolongées.
La clé n’est pas de « forcer » ou de « tenir bon », mais de désensibiliser progressivement, via des ajustements réalistes et cohérents.
Comment mieux agir face à la douleur : des repères simples et scientifiquement cohérents
Observer ce qu’il se passe (sans dramatiser)
Quelques questions aident à décoder le message :
- Depuis quand est-ce là ?
- Est-ce lié à une posture, un geste, une période de stress ?
- Est-ce fréquent à cet endroit ?
- Une pause, un changement de position ou une respiration profonde modifient-ils la sensation ?
L’objectif n’est pas d’analyser à l’excès, mais d’avoir une vue d’ensemble.
Ajuster doucement le quotidien
Parmi les actions utiles :
- varier les postures,
- intégrer du mouvement léger,
- respirer profondément,
- faire des micro-pauses,
- s’hydrater,
- ralentir le rythme ponctuellement,
- organiser une meilleure récupération.
Ces gestes simples soutiennent les capacités naturelles du corps à retrouver un équilibre en mouvement, pas un état figé.
Consulter lorsque quelque chose change ou dure trop longtemps
L’ostéopathie peut accompagner :
- la prise de conscience corporelle,
- l’identification des zones de compensation,
- la mobilité,
- la détente tissulaire,
- la gestion du stress,
- l’éducation à la santé.
Toujours dans un cadre respectueux et sans promesses irréalistes.
Le rôle de l’ostéopathie dans cette compréhension de la douleur
L’ostéopathie, dans sa version moderne et rigoureuse, n’est pas là pour « corriger » ou « remettre ».
Elle accompagne le corps dans sa capacité naturelle à s’ajuster.
Concrètement, en consultation, nous pouvons :
- repérer les zones en surcharge ou en restriction,
- comprendre les schémas de mouvement,
- agir sur les tensions musculaires ou fasciales,
- moduler la perception douloureuse,
- proposer des pistes personnalisées pour soutenir l’amélioration.
Le patient, lui, joue un rôle essentiel :
👉 c’est dans son quotidien que les ajustements prennent profondeur et durée.
Conclusion : La douleur n’est pas un ennemi, mais un guide vers un meilleur équilibre
La douleur est désagréable, certes.
Mais elle est aussi l’une des voix du corps, un moyen de retrouver un équilibre plus juste, plus cohérent, plus durable.
Lorsque nous cessons de la percevoir comme un adversaire, nous ouvrons la porte à une relation plus saine avec notre corps :
- moins de peur,
- plus de compréhension,
- moins de lutte,
- plus d’ajustement,
- moins de résignation,
- plus de pouvoir d’agir.
La santé n’est pas un état figé à atteindre.
C’est un processus vivant, un dialogue permanent entre le corps, l’esprit, l’environnement et nos habitudes.
Écouter la douleur — sans la craindre, sans la fuir — fait partie intégrante de ce mouvement.
Diane Le Berre
Ostéopathe D.O & Ostéopathe aquatique
